Il avait gardé intactes sa combativité et sa conception de la justice sociale et de la démocratie. Son retour a levé le voile sur la Révolution, tronquée et chloroformée, enseignée par une école, qu'il avait - en personne - décrétée de sinistrée. Fondateur du FLN à sa création, combattant de l'indépendance, Boudiaf sera vite de ceux qui exprimeront leur désaccord avec la ligne du système, qui avait fait une OPA sur l'Algérie : richesse et peuple. Comme Aït Ahmed, il créa un parti d'opposition clandestin, dont le nom est symptomatique du destin qu'il nourrissait pour le peuple algérien : le Parti de la révolution socialiste. Faisant irruption dans les moments décisifs de la tragédie algérienne, Boudiaf s'oppose fermement au FIS. Comme il s'opposait à la corruption et, partant, au système qui nourrit le phénomène, Boudiaf introduit dans le lexique politique algérien le concept de “mafia polico-financière”. Tout un programme. Présidant le Haut-Comité d'État installé le 14 janvier 1992 (après la démission du président Chadli) par le Haut-Conseil de sécurité, Boudiaf prend son bâton de pèlerin pour susciter un mouvement populaire. Pour battre définitivement l'islamisme politique et faire avancer l'Algérie vers une nouvelle révolution, celle-là démocratique. Le fondateur du FLN, analysant les contradictions qui ont miné le pays, avait même suggéré de mettre le parti de la Révolution dans le placard de l'histoire pour faire repartir l'Algérie sur de bonnes bases, qui collent aux réalités et au temps nouveau. Son assassin ne lui laissera pas le temps. Boudiaf est abattu 3 semaines après avoir lancé un appel à la création d'un Rassemblement populaire national. Auparavant, il a instauré l'État d'urgence et le FIS a été dissous par le tribunal d'Alger.
L'Algérie s'enfonce dans les années de plomb... Pour Boudiaf, l'islamisme s'est nourri dans l'arriération cultuelle, le chômage, la malvie, le dés½uvrement et l'inaptitude du régime à rompre avec les méthodes surannées du passé. 12 années plus tard, force est de constater que ces ingrédients n'ont toujours pas disparu.